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Cennino Cennini : Le Gardien des Secrets de la Renaissance

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Cennino Cennini : Le Gardien des Secrets de la Renaissance

Voici un article complet et approfondi sur Cennino Cennini, une figure incontournable pour quiconque s'intéresse à l'histoire de l'art et aux techniques picturales traditionnelles.


Cennino Cennini : Le Gardien des Secrets de la Renaissance

Au tournant du XIVe et du XVe siècle, alors que l’Europe s’apprête à vivre l’une de ses plus grandes révolutions culturelles, un homme décide de mettre par écrit ce qui, jusqu’alors, ne se transmettait que par le geste et la parole dans le secret des ateliers. Cet homme, c’est Cennino Cennini. Son ouvrage, le Libro dell’Arte (Le Livre de l'Art), est bien plus qu’un simple manuel technique : c’est le testament d'une époque et le pont indispensable entre le Moyen Âge finissant et l'aube de la Renaissance.

I. L’homme derrière le manuscrit : Une lignée prestigieuse

On sait peu de choses sur la vie de Cennino d’Andrea Cennini. Né vers 1360 à Colle di Val d'Elsa, en Toscane, il se définit lui-même avant tout par son héritage artistique. Dans les premières pages de son livre, il revendique fièrement sa filiation spirituelle et technique : il fut l'élève d'Agnolo Gaddi pendant douze ans. Gaddi était lui-même le fils de Taddeo Gaddi, qui fut l'élève et le collaborateur direct du grand Giotto.

En se plaçant dans cette lignée, Cennini ne cherche pas seulement à asseoir sa crédibilité ; il se présente comme le dépositaire de la méthode de Giotto, celui qui a "traduit l'art de la peinture de grec en latin et l'a rendu moderne". Pour Cennini, la peinture est une discipline qui exige autant de dévotion qu'une vie monastique.

II. Le "Libro dell’Arte" : La Bible des ateliers

Rédigé au début du XVe siècle (probablement vers 1400), le Libro dell’Arte est le premier traité pratique de peinture en langue vulgaire (l'italien de Toscane). Contrairement aux traités théoriques ultérieurs comme ceux d'Alberti ou de Léonard de Vinci, Cennini ne s'embarrasse pas de philosophie esthétique ou de mathématiques. Il parle de matière, de temps et de patience.

L'ouvrage est structuré comme un guide d'apprentissage complet, allant du dessin de base à la réalisation de fresques monumentales, en passant par la fabrication des pinceaux et le broyage des pigments.


III. Les techniques fondamentales selon Cennini

L'article de Cennini détaille avec une précision quasi culinaire les étapes nécessaires à la création d'une œuvre durable. Voici les piliers de son enseignement :

1. Le dessin, fondement de tout art

Pour Cennini, le dessin est la porte d'entrée. Il recommande de s'exercer quotidiennement sur des tablettes de buis frottées de poudre d'os calciné, avant de passer au papier ou au parchemin. Le dessin n'est pas une fin en soi, mais le moyen de comprendre la forme et le relief.

2. La préparation des supports (Le Gesso)

L'une des parties les plus célèbres de son traité concerne la préparation des panneaux de bois. Cennini explique comment appliquer le gesso (un mélange de colle de peau de lapin et de sulfate de calcium).

  • Gesso grosso : Une couche épaisse pour niveler le bois.
  • Gesso sottile : Plusieurs couches fines, poncées jusqu'à obtenir une surface lisse comme de l'ivoire.

3. La peinture à la tempera (ou détrempe)

Avant l'essor de la peinture à l'huile, la technique reine était la tempera à l'œuf. Cennini détaille comment utiliser le jaune d'œuf comme liant pour les pigments. Cette technique, bien que séchant très vite et empêchant les fondus complexes, permettait d'obtenir des couleurs d'une clarté et d'une saturation exceptionnelles qui ont survécu pendant des siècles.

4. L'art de la fresque (Il Buon Fresco)

Cennini consacre une large part à la peinture murale. Il décrit la technique de la "vraie fresque", où les pigments sont appliqués sur un enduit de chaux encore frais (intonaco). La réaction chimique (carbonatation) emprisonne les pigments dans la structure même du mur, rendant l'œuvre quasi éternelle.


IV. La chimie des couleurs : Un savoir alchimique

À l'époque de Cennini, l'artiste est aussi un chimiste. On n'achète pas ses tubes de peinture ; on les fabrique. Cennini répertorie les pigments :

  • Le bleu outremer : Extrait du lapis-lazuli, il est décrit comme "une couleur noble, belle, et la plus parfaite de toutes". Sa fabrication est complexe et coûteuse.
  • Le cinabre : Un rouge éclatant obtenu à partir du mercure.
  • Les ocres et les terres : Pour les tons chair et les paysages.

Il met également en garde contre les fraudes des marchands de pigments, montrant que les préoccupations matérielles des artistes n'ont guère changé.

PigmentOrigineUsage principal
Lapis-lazuliPierre précieuse (Afghanistan)Manteaux de la Vierge
AzuriteCarbonate de cuivreCiels et paysages
SinopiaTerre rougeEsquisses de fresques
OrpimentSulfure d'arsenicJaune brillant (très toxique)

V. L'éthique et la discipline de l'artiste

Ce qui rend le texte de Cennini particulièrement touchant, c'est la dimension morale qu'il donne à son métier. Pour lui, l'artiste doit mener une vie réglée, proche de celle d'un clerc. Il conseille d'éviter les excès de nourriture et de boisson, car ils peuvent "rendre la main tremblante".

Il souligne également l'importance de l'imitation des maîtres. Avant de chercher son propre style, l'apprenti doit copier le travail de son mentor pendant des années pour "habituer sa main" et "nourrir son esprit". C'est cette discipline rigoureuse qui a permis la haute qualité technique de l'art italien du Trecento.

VI. Pourquoi Cennini est-il encore pertinent aujourd'hui ?

Malgré les siècles et l'évolution technologique, le Libro dell’Arte reste une référence pour plusieurs raisons :

  1. La restauration d'art : Les restaurateurs modernes utilisent le manuel de Cennini pour comprendre la structure chimique et physique des œuvres anciennes qu'ils doivent soigner.
  2. Le mouvement "Slow Art" : À une époque de reproduction numérique instantanée, de nombreux artistes contemporains reviennent aux techniques de Cennini pour retrouver un rapport tactile et durable à la matière.
  3. L'histoire des mentalités : Le livre nous offre une fenêtre unique sur la psychologie d'un artisan médiéval et sa vision du monde.

VII. Conclusion

Cennino Cennini n'était peut-être pas le plus grand peintre de son temps (peu d'œuvres lui sont attribuées avec certitude aujourd'hui), mais il a été son plus grand chroniqueur technique. En couchant sur le papier les "recettes" de Giotto, il a sauvé de l'oubli un savoir-faire millénaire. Lire Cennini, c'est entrer dans la cuisine d'un génie, c'est sentir l'odeur de la chaux fraîche et de la colle de peau, et c'est comprendre que derrière chaque chef-d'œuvre de la Renaissance se cachent des milliers d'heures de préparation méticuleuse.


Téléchargement du livre

Le traité de Cennini a été traduit en français au XIXe siècle par le peintre Victor Mottez. Cette traduction fait encore référence aujourd'hui pour sa précision technique.

Vous pouvez consulter et télécharger gratuitement l'ouvrage (domaine public) sur le site de la Bibliothèque Nationale de France (Gallica) via le lien suivant :

👉 Télécharger "Le Livre de l'Art" de Cennino Cennini (Traduction Mottez)

(Note : Sur la page Gallica, vous pouvez choisir le format PDF dans le menu de gauche pour le conserver sur votre ordinateur ou tablette

La fabrication du bleu outremer à partir du lapis-lazuli est l'un des chapitres les plus célèbres et les plus complexes du livre de Cennino Cennini (Chapitre LXII). C'était un secret jalousement gardé car, contrairement aux autres couleurs qu'on broie simplement, le lapis-lazuli demande une véritable opération chimique pour devenir pur.

Voici la méthode exacte, étape par étape, telle que Cennini l'enseignait :


1. La sélection et le broyage initial

L'artiste doit d'abord choisir une pierre de lapis-lazuli de haute qualité, d'un bleu profond.

  • Le broyage : On commence par casser la pierre avec un marteau de bronze, puis on la broie sur une plaque de porphyre (une pierre très dure) avec de l'eau, jusqu'à obtenir une poudre extrêmement fine.
  • Le séchage : Cette poudre est ensuite séchée et tamisée. À ce stade, elle n'est pas encore utilisable car elle contient des impuretés (pyrite et calcite) qui donnent un aspect grisâtre.

2. La préparation du "Pastello" (la pâte)

C'est ici que réside le secret de Cennini. On ne mélange pas la poudre directement à l'œuf, on fabrique d'abord une sorte de "pâte à modeler" composée de :

  • Résine de pin (poix blanche)
  • Gomme de mastic
  • Cire d'abeille

On fait fondre ces ingrédients ensemble dans un pot, puis on y incorpore la poudre de lapis-lazuli. On mélange le tout avec une cuillère en bois jusqu'à obtenir une boule compacte.

3. Le repos

Cennini insiste sur ce point : la pâte doit reposer. Il faut la laisser "mûrir" pendant au moins trois jours et trois nuits, en la pétrissant de temps en temps. Ce temps permet aux résines de bien emprisonner les impuretés de la pierre.

4. L'extraction par lessive (Le pétrissage)

C'est l'étape la plus délicate. On place la boule de pâte dans un grand bassin en porcelaine ou en terre cuite rempli de lessive tiède (eau mélangée à des cendres de bois).

  • Le mouvement : Avec deux bâtons ou avec les mains bien graissées, on pétrit doucement la boule dans l'eau.
  • La libération du bleu : Sous l'effet de la chaleur et du pétrissage, les particules les plus pures de bleu (la lazurite) se détachent de la résine et tombent au fond du bassin, tandis que les impuretés restent collées dans la pâte collante.

5. Les "tirages" successifs

Cennini explique qu'on ne fait pas qu'une seule extraction. On change l'eau plusieurs fois :

  1. Le premier tirage : Donne l'outremer le plus précieux, un bleu profond et royal. C'est celui destiné au manteau de la Vierge.
  2. Les tirages suivants : Chaque nouvelle eau donne un bleu un peu moins intense.
  3. Le dernier tirage (Cendres d'outremer) : À la fin, il ne reste qu'un bleu très pâle, presque gris, qu'on appelle "bleu de cendres".

Pourquoi est-ce si difficile ?

Si vous broyez simplement le lapis-lazuli et que vous le mélangez à de la peinture, le résultat sera un gris sale. La méthode du "pastello" de Cennini est en fait un procédé de flottaison : la résine agit comme un aimant pour les impuretés (pyrite, quartz), permettant au pigment bleu pur d'être le seul à s'échapper dans l'eau.

Le saviez-vous ?

À l'époque, le bleu outremer coûtait plus cher que l'or. Les contrats de peinture stipulaient souvent que le client devait fournir lui-même le lapis-lazuli au peintre, de peur que celui-ci ne triche en utilisant de l'azurite (un bleu moins cher qui verdit avec le temps).

La fabrication du bleu outremer à partir du lapis-lazuli est l'un des chapitres les plus célèbres et les plus complexes du livre de Cennino Cennini (Chapitre LXII). C'était un secret jalousement gardé car, contrairement aux autres couleurs qu'on broie simplement, le lapis-lazuli demande une véritable opération chimique pour devenir pur.

Voici la méthode exacte, étape par étape, telle que Cennini l'enseignait :


1. La sélection et le broyage initial

L'artiste doit d'abord choisir une pierre de lapis-lazuli de haute qualité, d'un bleu profond.

  • Le broyage : On commence par casser la pierre avec un marteau de bronze, puis on la broie sur une plaque de porphyre (une pierre très dure) avec de l'eau, jusqu'à obtenir une poudre extrêmement fine.
  • Le séchage : Cette poudre est ensuite séchée et tamisée. À ce stade, elle n'est pas encore utilisable car elle contient des impuretés (pyrite et calcite) qui donnent un aspect grisâtre.

2. La préparation du "Pastello" (la pâte)

C'est ici que réside le secret de Cennini. On ne mélange pas la poudre directement à l'œuf, on fabrique d'abord une sorte de "pâte à modeler" composée de :

  • Résine de pin (poix blanche)
  • Gomme de mastic
  • Cire d'abeille

On fait fondre ces ingrédients ensemble dans un pot, puis on y incorpore la poudre de lapis-lazuli. On mélange le tout avec une cuillère en bois jusqu'à obtenir une boule compacte.

3. Le repos

Cennini insiste sur ce point : la pâte doit reposer. Il faut la laisser "mûrir" pendant au moins trois jours et trois nuits, en la pétrissant de temps en temps. Ce temps permet aux résines de bien emprisonner les impuretés de la pierre.

4. L'extraction par lessive (Le pétrissage)

C'est l'étape la plus délicate. On place la boule de pâte dans un grand bassin en porcelaine ou en terre cuite rempli de lessive tiède (eau mélangée à des cendres de bois).

  • Le mouvement : Avec deux bâtons ou avec les mains bien graissées, on pétrit doucement la boule dans l'eau.
  • La libération du bleu : Sous l'effet de la chaleur et du pétrissage, les particules les plus pures de bleu (la lazurite) se détachent de la résine et tombent au fond du bassin, tandis que les impuretés restent collées dans la pâte collante.

5. Les "tirages" successifs

Cennini explique qu'on ne fait pas qu'une seule extraction. On change l'eau plusieurs fois :

  1. Le premier tirage : Donne l'outremer le plus précieux, un bleu profond et royal. C'est celui destiné au manteau de la Vierge.
  2. Les tirages suivants : Chaque nouvelle eau donne un bleu un peu moins intense.
  3. Le dernier tirage (Cendres d'outremer) : À la fin, il ne reste qu'un bleu très pâle, presque gris, qu'on appelle "bleu de cendres".

Pourquoi est-ce si difficile ?

Si vous broyez simplement le lapis-lazuli et que vous le mélangez à de la peinture, le résultat sera un gris sale. La méthode du "pastello" de Cennini est en fait un procédé de flottaison : la résine agit comme un aimant pour les impuretés (pyrite, quartz), permettant au pigment bleu pur d'être le seul à s'échapper dans l'eau.

Le saviez-vous ?

À l'époque, le bleu outremer coûtait plus cher que l'or. Les contrats de peinture stipulaient souvent que le client devait fournir lui-même le lapis-lazuli au peintre, de peur que celui-ci ne triche en utilisant de l'azurite (un bleu moins cher qui verdit avec le temps).

Mourad Abraham

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